Franziska Krumbachner, Filling gaps

16.01 — 07.03.2026

Franziska Krumbahcner, Filling gaps, vue d’exposition
Franziska Krumbahcner, Filling gaps, vue d’exposition

L’œuvre de Franziska Krumbachner (née en 2002) s’inscrit dans une démarche profondément introspective et autobiographique. Elle s’apparente à un journal intime nourri par l’urgence de donner une forme sensible au vécu. Peintures et dessins rassemblent les fragments d’une mémoire souvent traumatique, l’artiste se confrontant à ses blessures intérieures. « Je suis peintre et mon art est bien plus qu’une simple forme d’expression : c’est mon langage, mon ancrage. […] Il m’aide à rendre visible l’indicible et à naviguer dans un monde qui me semble souvent étouffant. » (Propos recueillis à l’occasion de l’exposition collective And This is Us 2025 – Young Artists Based in Frankfurt, Frankfurter Kunstverein, Allemagne, 2025)

Le thème de l’enfance occupe une place importante dans ce travail. À travers ses portraits d’enfant, mais aussi des références multiples – poupées, peluches, aire de jeu – l’artiste évoque cette époque cruciale où l’être est vulnérable, dépendant, sans repères moraux clairs ni capacité d’expression. L’enfance y apparaît comme un temps d’exposition extrême au monde, durant lequel s’ouvre des failles invisibles qui marqueront durablement la mémoire et le corps.

Autres motifs récurrents, les espaces confinés, les intérieurs de voitures, les couloirs étroits, les corps recroquevillés ou les visages distordus trouvent leur origine dans des rêves et des souvenirs qui refont surface tels des flashbacks. Chaque image, pour ne pas dire chaque vision, semble ramener sur les lieux d’une rupture brutale. Elles convoquent un événement implicite, une histoire qui se laisse deviner sans jamais se dévoiler complètement, mais dont les enjeux affectifs s’imposent d’eux-mêmes. Tout est suggéré, une table, des chaises vides, une maison, un simple visage suffisent pour exprimer avec force la solitude, la douleur et la fragilité. C’est là que repose l’intensité de cette œuvre, dans sa dimension narrative née de la tension entre le dévoilement et le refoulé. 

La narrativité est également soulignée par des cadrages et des angles de vue qui rappellent le langage du cinéma et de la photographie. Les œuvres se présentent comme des instantanés saisis à travers le regard d’un protagoniste immergé dans la scène. Le spectateur se trouve ainsi happé, mis dans la position d’un témoin et non d’un voyeur. Cette façon de diriger le regard et d’approcher les figures et les objets doit sans doute beaucoup à un usage singulier de l’image. 

Si Franziska Krumbachner puise dans les épreuves vécues l’essentiel de sa matière, elle s’appuie aussi sur des photographies personnelles ou des images qu’elle glane sur internet. L’artiste y trouve une attache, un point de départ pour développer ensuite une vision affranchie de son modèle, voire du réel. Bien qu’il soit fondé sur un dessin précis et minutieux, son travail rompt en effet avec le réalisme. En témoigne ces étranges rayons de lumière qui éclatent en direction du regardeur, soulignant l’importance symbolique d’un lieu ou d’un objet. Ou bien cette technique qui consiste à gratter et frotter la peinture, notamment dans les compositions peintes en grisaille. Plus significatif encore, l’artiste a développé une pratique expérimentale du collage numérique dont les compositions hybrides sont ensuite transposées sur toile. Au moyen de délicats jeux de transparence, elle superpose ainsi des éléments hétéroclites, traduisant la sédimentation complexe de la mémoire et la coexistence de différentes temporalités, différentes réalités, dans un même espace mental. 

Franziska Krumbahcner, Filling gaps, vue d’exposition
Franziska Krumbahcner, Filling gaps, vue d’exposition

Franziska Krumbachner a étudié à la Hochschule für Gestaltung Offenbach, Allemagne. Son travail a notamment été présenté lors de l’exposition collective And This is Us 2025 – Young Artists Based in Frankfurt, Frankfurter Kunstverein, Allemagne, 2025. Filling gaps est sa toute première exposition en galerie.

Franziska Krumbachner, Sans titre, 2023, huile sur isorel, 30 x 42 cm
Franziska Krumbachner, Sans titre, 2022, huile sur toile, 40 x 50 cm
Franziska Krumbachner, Sans titre, 2023, graphite sur papier, 29,5 x 42 cm