Da capo sine fine
Oscar Bony
Camille Brée
Anna de Castro Barbosa
Juan Gugger
Hélène Janicot
Dilara Koz
Seung Won Kwon
Adrien Lagrange
Patricio Lima Quintana
Lyz Parayzo
Hanna Rochereau
Mick Schmitt
Taras
Commissariat Julia Tavares & Amalia Mytilineou
14 mars — 9 mai, 2026


Da capo est une indication musicale qui veut dire « depuis le début ». Associée à l’expression sine fine, « sans fin », elle crée une boucle musicale éternelle. À moins que le chef d’orchestre n’ordonne aux interprètes de s’arrêter, la pièce ne contient aucune résolution ultime en elle-même – Da capo sine fine.
Le psychanalyste écossais R. D. Laing a repris cette expression dans son livre de scénarios dialogués Knots (1970), l’empruntant au domaine musical pour la transposer dans la sphère relationnelle. Il y décrit les nœuds sémantiques cycliques, autosuffisants et auto-renforçants qui traversent les relations humaines. Au cours de cette même décennie, alors que la sphère intellectuelle était aux prises avec les grands récits du marxisme, de la psychanalyse et du structuralisme, Roland Barthes publia son texte fondateur sur l’amour, Fragments d’un discours amoureux (1977). Barthes y décompose l’amour en ses plus petites unités linguistiques – paroles, gestes, états, suspensions – révélant comment le sentiment amoureux se performe, se répète et se diffère indéfiniment.
Pour Barthes, l’amour n’est pas un sentiment mais une posture que l’on habite – un·e amoureux·se au travail. Pour Laing, les relations – qu’elles soient amoureuses ou familiales – s’expriment et se rejouent à travers des structures linguistiques. Lus côte à côte, ces textes révèlent un intérêt commun pour la manière dont les sujets se trouvent pris dans leurs propres projections et celles des autres. Ces boucles sémantiques ne se résolvent pas ; elles se replient sur elles-mêmes. Le sens n’avance pas ; il revient. Le sujet ne se tient pas seul, mais émerge à travers le langage, dans la relation et dans la répétition. C’est cette logique dialectique du retour sans fin qui structure l’exposition.
Les œuvres réunies dans l’exposition abordent ces questions à partir de différents points de départ : par la mise en œuvre de systèmes d’interdépendance, la mise en scène de codes ritualisés du désir, ou les traces matérielles de rencontres – allant de la violence à la tendresse. Chacune constitue un fragment qui négocie avec les tensions propres à l’attachement : le besoin de proximité porte toujours en lui la possibilité du danger.
Julia Tavares & Amalia Mytilineou
Plus d’information sur le site de Da capo sine fine




