Santiago de Paoli, Riding Hot
11 septembre — 10 octobre, 2026

Santiago de Paoli développe une pratique picturale expérimentale dans laquelle la peinture demande à être ressentie plutôt qu’analysée. Il compose des images foncièrement équivoques, où croissants de lune, paysages, corps, objets domestiques ou formes organiques se côtoient sans que leur présence puisse être ramenée à une logique narrative ou à une symbolique identifiable.
Intégrant des matériaux inattendus comme le bois, le cuivre, les bouchons de liège, la bougie ou encore les cacahuètes, ses œuvres déjouent les hiérarchies entre le noble et l’ordinaire, le précieux et le trivial. Elles oscillent entre une gravité quasi religieuse et un humour innocent, entre le mystère et la naïveté, le familier et l’incongru.
Depuis son installation à Stamford, dans l’État de New York, où il mène une existence largement soustraite aux sollicitations du monde extérieur, le travail de Santiago de Paoli a pris une nouvelle ampleur. Son vaste atelier lui a permis d’aborder des formats plus ambitieux et d’instaurer un rapport physique à la peinture. L’atelier n’est plus seulement un lieu de production : son contenu et sa configuration trouvent désormais leur chemin jusque dans les œuvres, brouillant les frontières entre l’espace de travail et l’œuvre.
Riding Hot réunit deux pièces de grand format réalisées dans ce contexte. Bien que distinctes, elles portent un même titre, Distant Call.
L’une d’elles est un diptyque spécialement conçu pour Abraham & Wolff. Elle est structurée par deux encadrements de portes placés aux extrémités, qui font écho à l’agencement même de l’atelier de l’artiste. Depuis chaque ouverture surgit un cortège de silhouettes qui tiennent d’avantage du pantin que de l’humain. Elles se succèdent et se superposent comme dans une chronophotographie où temps et mouvement sont décomposés. Parvenues au bout de leur trajectoire, au bord de chaque toile, elles se rencontrent et se répondent par fessiers interposés — un motif récurrent chez de Paoli. L’ensemble se déploie d’un même élan, comme si ces figures avaient le pouvoir de transgresser les limites matérielles de leur support, comme si seules les rampes qui courent au premier plan de part et d’autre pouvaient les retenir à l’intérieur du cadre.
L’autre Distant call, quant à elle, n’est pas montée sur châssis. Sa partie inférieure vient se déposer directement sur la vitrine d’exposition — auparavant sur le sol de l’atelier de l’artiste – soulignant sa matérialité. Elle représente une figure presque abstraite prise entre un rideau et une vaste fenêtre. Celle-ci donne sur un paysage composé d’un champ de tournesols, d’un bosquet d’arbres étranges, de collines. Au pied de la toile se dresse un bouquet de tournesols, bien réels ceux-là, donnant l’impression que les fleurs peintes se sont matérialisées dans l’espace d’exposition, ou bien que ce sont les tournesols qui sont entrés dans la toile. Toute la scène s’organise autour de cette tension entre cet extérieur où le regard s’engouffre et cet intérieur simplement suggéré, entre la fleur peinte et la fleur réelle, la porosité entre l’intérieur et l’extérieur de l’œuvre.
Si leur titre commun, Distant Call, se prête ainsi à de multiples lectures, ces deux pièces n’en résistent pas moins aux interprétations définitives. Elles n’invitent pas à résoudre une énigme mais à habiter une incertitude qui semble surgir tout droit d’un rêve, tel ce tracteur métamorphosé en pénis garé sur une colline.
Riding Hot se déploie à travers deux espaces parisiens, Abraham & Wolff et la Galerie Jocelyn Wolff. Cette dernière accueillera l’exposition de Santiago de Paoli du 10 septembre au 7 novembre 2026, au 1 rue de Penthièvre, 75008, Paris.
