Laura Lamiel

Les yeux de W, 2021-22, Encre et crayon sur papier, 42 x 29,7 cm, unique.
Territoires intimes, 2020-22, Encre de Chine, stylo, rouge à lèvres, graphite sur papier Encre de Chine, stylo à bille, rouge à lèvres, graphite sur papier, 42 x 29,7 cm, unique.
Tête perdue, 2020, Encre de Chine, stylo, graphite sur papier, rouge à lèvres, 42 x 29,7 cm, 48 x 35,5 cm (encadré), unique.
Les yeux de W, 2020, Encre de Chine, stylo, graphite sur papier, 42 x 29,7 cm, 48 x 35,5 cm (encadré), unique.
Territoires intimes, 2020-22, Encre de Chine, stylo, rouge à lèvres, graphite sur papier, 42 x 29,7 cm, unique.
Territoires intimes, 2020-22, Encre de Chine, stylo, rouge à lèvres, graphite sur papier, 42 x 29,7 cm, unique.
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Si Laura Lamiel (née en 1948) est essentiellement connue pour ses installations poétiques prenant la forme d’espaces délimités à l’intérieur desquels des matériaux et des objets chargés de résonnances affectives sont agencés selon une logique énigmatique, elle n’a cessé d’entretenir une pratique du dessin tout au long de sa carrière. 

Certains d’entre eux ont récemment fait leur apparition au sein des installations de l’artiste, d’abord mis en tension avec d’autres objets, puis de manière plus indépendante. Le développement d’une pièce intitulée Forclose (2018) fut notamment l’occasion pour Laura Lamiel d’élaborer une série de motifs dont elle décrit ainsi la production : « j’ai décidé de déplier cette pièce (Forclose) et j’ai commencé à réaliser des dessins qui ont pris leur autonomie. Je les ai réalisés, pendant plusieurs mois, tard dans la nuit. J’avais l’énergie, mais je devais attendre qu’elle arrive, il me fallait avoir le geste juste. Je prépare les encres et les papiers, puis arrive un moment de la nuit où c’est bon, je peux y aller, et cela peut durer deux ou trois heures. J’ai commencé à dessiner tout un vocabulaire de langues ; je me suis précipitée sur des feuilles de papier en les barbouillant de rouge à lèvres, en ouvrant la bouche, en faisant sortir des têtes, des rhizomes, des plantes. » (Entretient avec François Piron, in LL, Paris, Paraguay Press, 2019). Il se dégage une certaine violence de cet ensemble impulsif également constitué de poumons, de mains, de visages pris dans des entrelacs de traits. Une violence qu’accentue l’usage systématique d’une encre rouge qui évoque l’énergie du sang. 

Cette ascèse du travail, l’artiste l’avait déjà pratiquée dans une série de grands dessins circulaires exposés en 2013 dans le cadre de l’exposition Ostinato, dessin, musique : interactions, à Namur. Ils se présentent sous la forme de myriades de traits de plume rituellement alignés pour former des cercles concentriques. Intitulés 3 ans, 3 mois, 3 jours, en référence à la durée traditionnelle de la retraite que doivent effectuer les aspirants lamas dans le bouddhisme thibétain, ces dessins s’apparentent à des exercices spirituels basés sur la répétition (telle la psalmodie récurrente des syllabes sacrées du mantra bouddhiste Om mani padme hum).

Une troisième série d’œuvres intitulée Les yeux de W montre des paires d’yeux émergeant d’un brouillard de hachures noires. Ces yeux que Laura Lamiel appelle des « yeux de chouette » s’inscrivent dans une recherche sur le thème du double, le W pouvant en effet être lu comme la lettre V accompagnée de son reflet symétrique – de même que les initiales de l’artistes, LL, peuvent évoquer cette question éminemment problématique du reflet et du double. Ils furent exposés dans des installations déployées en 2019 au CRAC de Sète, installations qui exploitaient les jeux de réflexions et d’occultation des miroirs sans tain. 

Ces dessins de Laura Lamiel sont exposés en collaboration avec la galerie Marcelle Alix (Paris).